Slow Nomadisme : “J’ai décidé d’arrêter l’avion” par Sonya Robine

Les attaques contre les digital nomades se multiplient, et pour cause, ce mode de vie est bien connu pour ses excès d’individualisme et d’émissions de CO2. De Bali à Tulum en passant par Chiang Mai ou encore Santa Theresa au Costa Rica, les digital nomades, toujours entre deux avions, semblent à des kilomètres (c’est le cas de le dire) des conclusions du rapport du GIEC. Pour autant, un nouveau mouvement émerge, la valorisation d’un nomadisme plus lent, conscient et localisé dans une zone géographique. Et oui, la vérité c’est que l’immensité de l’histoire humaine est faite de nomadisme : nous sommes sédentaires depuis peu ! Alors bien sûr, ce nouveau nomadisme doit s’accompagner d’engagements, et c’est le cas de Sonya Robine, qui a décidé de renoncer à l’avion, l’argument anti-digital nomades par excellence.

 

Hello Sonya ! Peux-tu te présenter rapidement à la communauté ?

Hello Margaux 😀 , Je m’appelle Sonya Robine, je fais des illustrations que j’anime ensuite. Ca s’appelle du motion design. J’ai la chance d’être en Free-lance ce qui me donne une certaine liberté.

 

Combien de pays as-tu visité dans ta vie et surtout, quels pays as-tu fait en tant que nomade digitale ?

Je me suis un peu baladée, principalement en Europe, je suis allée en Australie à 20 ans, et mes études m’ont permis d’aller par la suite aux Etats-unis et à Stockholm.

Je suis Digitale Nomade depuis plusieurs années, je vadrouille avec mon ordinateur et ma valise, ce qui me permet de découvrir de nouveaux lieux, de nouvelles personnes et de voir mes amis aux quatre coins du monde. Depuis que j’ai ce mode de vie je suis allée au Mexique, au Portugal en Espagne en Angleterre et aux États Unis.

 

On s’est rencontrées au Mexique en mai 2021, et depuis tu as pris une décision radicale : arrêter l’avion. Pourquoi ?

 

J’ai toujours eu une certaine sensibilité aux sujets inhérents à l’écologie, et j’ai pris conscience il y a quelques années de l’importance des actions que nous pouvons tous mener. C’est la raison pour laquelle je suis devenue végétarienne et pourquoi j’ai décidé d’arrêter de prendre l’avion. Certains de mes amis avaient déjà fait ce choix avant moi, cela m’a conforté dans ma décision.

J’ai effectué pas mal de “recherches” pour apprendre à comprendre et analyser mon empreinte carbone. Aujourd’hui, des outils sont disponibles pour calculer son empreinte carbone et lorsque je me suis lancée, j’ai découvert qu’en ayant pris l’avion 11 fois en 2021, mon empreinte carbone s’élevait à 9 Tonnes de Co2. Ce volume est au niveau de la moyenne française  mais bien trop élevé si je veux espérer préserver la biodiversité et faire ma part.

Supprimer l’avion a donc été le choix le plus évident pour moi afin de me permettre d’atteindre le volume recommandé par les accords de Paris de 2T par habitant. 

Ce calcul a été vraiment révélateur de mon mode de vie, j’invite donc tout le monde à calculer son empreinte carbone pour se faire son avis.

 

L’image du digital nomade est très liée à l’avion et à des destinations lointaines comme Bali, Tulum, le Costa Rica ou la Thaïlande… Mais en réalité, on peut aussi être nomade en France et en Europe !

Pourquoi cette distorsion dans la tête des gens selon toi ?

Le voyage est souvent perçu comme une envie d’évasion et donc associée à un séjour qui se doit d’être long, lointain, et dépaysant. L’éducation que nous avons reçue et les codes que la société nous communique jusqu’ici nous incitent à avoir tendance à trouver plus sexy de raconter notre voyage à Copacabana que nos vacances à La Rochelle. Même si la récente crise sanitaire nous a appris à voyager au plus proche et à découvrir l’environnement et les gens qui nous entourent … Il est important de redéfinir le voyage et apprendre à le vivre autrement.

 

Notre mode de vie est de plus en plus pointé du doigt (et à raison). Je parle entre autre du dernier article de Bon Pote sur les digital nomades.

Comment pouvons-nous, en tant que nomades, faire évoluer les mentalités au sujet de notre mode de vie ?

Déjà, nous sommes très privilégiés de pouvoir travailler où on le souhaite et d’avoir accès au voyage aussi facilement. Mais il faut se rendre à l’évidence que l’envers du décor est plus compliqué que cela.

La communauté digital nomade est une des premières à parler d’écologie tout en remplissant ses feeds Instagram de photo de hublots d’avion et de destinations à faire. Les gens ne nous prennent pas au sérieux et c’est très facile de passer pour l’écolo bobos digital nomade.

Je pense que la première chose à faire pour faire évoluer les mentalités et de changer son rapport au voyage et de montrer l’exemple.

 

Tu as dû longuement y réfléchir, alors : quelles sont tes alternatives pour poursuivre ce mode de vie nomade qui te plaît tant ?

As-tu quelques destinations proches à nous recommander ?

 

Aujourd’hui, il y a la réalité du réchauffement climatique et de la chute de la biodiversité et franchement ça fait mal au coeur ! Nous sommes tous acteurs de ce changement et nous avons tous des actions individuelles à mettre en place pour faire en sorte de ralentir ce processus.

Les alternatives pour poursuivre ce mode de vie sont de se déplacer autrement et de prendre le temps et peut être de ne pas « faire » telle ou telle destination mais de la vivre. Au départ de Paris en train on peut aller très loin… mes prochaines destinations sont toutes françaises ou européennes et accessibles en train. Je suis également en train d’apprendre la voile pour traverser l’Atlantique.

 

Est-ce que tu le vis comme un sacrifice ou plutôt comme une évolution naturelle ?

 

Je le vis clairement comme un sacrifice mais c’est très privilégié de dire cela et peut être bien égoïste dans la mesure ou j’ai déjà pas mal profité de ce que le monde pouvait m’offrir…

Dans notre société, on ne nous apprends pas à respecter le vivant et encore moins la planète. Il faut tout faire, tout voir, tout consommer maintenant, et on pense que c’est acquis et immuable mais NON et là on se fait rattraper .

Aujourd’hui, il faut agir pour préserver tout cela ainsi que le mode de vie que nous connaissons.

Donc finalement, pour moi, le choix de ne plus prendre l’avion devait arriver et je pense que tout le monde devra prendre cette décision un jour ou l’autre ou elle nous sera imposée!

Vas-tu mettre en place d’autres actions pour atteindre l’objectif de 2 tonnes de CO2 par personne ?

Je pense qu’en 2022 mon empreinte carbone sera moindre et je suis très contente de cela. Je déconstruis tous les biais que la société de consommation m’a inculqués pour vivre plus simplement dans le respect de l’humain et de la planète.

 

Dernière question un peu philosophique : nous vivons clairement un moment de rupture entre le monde d’hier et de demain.

Vis-tu comme une chance le fait d’avoir pu vivre l’époque où voyager autant et avec insouciance était encore possible ?

Tellement !

C’est très égoïste de ma part mais je suis très contente d’avoir visité tout ces pays et c’est super hypocrite aussi d’essayer de faire en sorte que les gens prennent moins ou plus l’avion.

Mais malheureusement c’est le moment de changer nos modes de vie et de consommation pour la planète, la biodiversité et notre futur !

Il nous reste trois ans pour agir selon le dernier rapport du GIEC donc ne perdons pas de temps.

 

Pour suivre Sonya :

@albertandsonya

@sonyarobine

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