S’impliquer dans la vie locale quand on est digital nomade : le témoignage de Maï Trebuil

Maï Trebuil est consultante en stratégie éditoriale et rédactrice web bilingue Freelance depuis 2 ans. Après 8 années passées à Paris, la jeune femme part s’installer à Bali, où elle a d’abord du mal à trouver sa place dans un environnement où l’authenticité semble avoir laissé place au tourisme de masse et à la mode “instagram”.  

Pourtant, très vite, elle s’installe chez une famille balinaise et découvre un tout autre décor. Maï s’implique ainsi depuis plusieurs mois dans le mouvement “Nomads Giving Back”, un moyen d’offrir en retour à la communauté locale, que cela soit par des actions d’éco-responsabilité, de transfert de compétences ou de bénévolat. Alors que le digital nomadisme n’en est qu’à ses balbutiements, Maï partage avec nous sa vision autour d’un nécessaire équilibre à trouver et maintenir. 

Hello Maï, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Hello ! Je suis consultante en stratégie éditoriale et rédactrice web bilingue. En somme, j’aide mes clients à affiner leurs messages pour s’exprimer de manière plus engageante auprès de leurs cibles. Je rédige également à destination de divers supports digitaux, mes sujets de prédilection sont le futur du travail, la tech for good et bien sûr le digital nomadisme.
Comment es-tu devenue freelance et qu’aimes-tu dans ce mode de vie ?

À vrai dire, je suis devenue freelance une première fois en 2013, j’ai par la suite rebasculé sur des CDIs tout en conservant une petite activité de freelance, avant de reprendre le statut à temps plein en 2017 pour me permettre de voyager davantage et surfer. Au fil des années, j’ai beaucoup appris sur l’art d’être en freelance grâce à mes clients et aussi à d’autres freelances.

J’apprécie bien entendu la liberté que ce fonctionnement m’offre, cependant, je trouve dommage que l’on mette souvent cet avantage en avant par rapport à d’autres, comme le développement professionnel et la collaboration par exemple. J’apprécie particulièrement la possibilité de travailler avec tout un tas de personnes de différents horizons. Un projet peut provenir de n’importe où, d’un ancien collègue aussi bien que d’un bref échange sur un strapontin de métro.

Pourquoi avoir choisi Bali comme lieu de résidence ?

Je connaissais déjà Bali pour y avoir passé des vacances, il y a une quinzaine d’années. Habitant à Paris depuis 8 ans, je souhaitais quitter la grande ville et rejoindre un endroit plus proche de la nature et du surf. On m’a plusieurs fois indiqué Bali, mais son côté très touristique me rebutait. Puis, une rencontre via Instagram avec Margaux Roux qui s’est ensuite matérialisée dans un café parisien m’a convaincue d’y poser mes bagages, ne serait-ce que quelques mois… La magie a opéré et je vis ici depuis 9 mois.

J’ai choisi de m’installer ici pour la vie plutôt simple que je mène et l’ouverture de la communauté locale, notamment la famille balinaise chez qui je loge depuis 6 mois. J’ai pu découvrir avec curiosité les us-et-coutumes de cette culture extrêmement riche.

La pandémie du coronavirus a bien évidemment impacté ma décision. À vrai dire, au beau milieu d’un monde chamboulé, Bali est un refuge pour les digital nomades. Comme d’autres destinations, l’île et ses habitants souffrent du manque de touristes, c’est un moment très particulier où expatriés et locaux peuvent collaborer pour trouver des solutions pour s’entraider et avancer ensemble.

 

S’impliquer localement

Lors de ton arrivée à Bali, tu cherchais du sens dans ce mode de vie, une dimension plus sociale, environnementale, et tu l’as trouvé en t’impliquant pour la communauté locale. Peux-tu nous parler de tes projets ?

Je souhaitais quitter la capitale et le tumulte urbain, mais pas n’importe comment. Je ne voulais pas simplement passer d’un pays à l’autre, sans m’impliquer dans la vie locale et ses communautés. Ayant vécu la moitié de ma vie en Thaïlande, dont je suis en partie originaire, et aux Philippines, j’ai pu voir de près les dommages causés par un tourisme dénué de sens… Ayant évolué dans le milieu associatif en Thaïlande, j’étais curieuse de découvrir son équivalent ici à Bali.

Avant de parler de mes activités de bénévolat, je voudrais tout d’abord dire que d’une manière ou d’une autre, formelle ou informelle, ceux qui le désirent trouvent toujours une manière de s’impliquer. À Bali, il existe tellement de façons différentes de participer à la vie de la communauté, de soutenir ceux qui sont dans le besoin ou d’agir pour la protection de la nature. Ces derniers mois, de nombreuses initiatives de distribution de nourriture vers des communautés dans le besoin ont vu le jour, comme Adopt A Family Bali, et il y a toujours un nettoyage de plage organisé par des initiatives comme Ocean Mimic.

Mes préférences m’ont plutôt menée vers l’éducation et le partage de connaissances. J’ai noué des liens avec une association dédiée aux personnes handicapées moteur. Ils aimeraient devenir financièrement indépendants des dons au quotidien. Cela passerait par le développement d’une activité commerciale qui leur convienne. À ce jour, des ateliers de travail et de réflexion autour de l’entrepreneuriat ont été organisé par des jeunes entrepreneurs locaux. J’ai hâte de pouvoir en dire plus très bientôt !

 

Digital nomades et pays en développement

Les digital nomades s’installent souvent dans des pays en développement réputés moins chers. C’est un phénomène critiqué d’un côté car cela dénature des lieux authentiques et naturels, et valorisé de l’autre car cela permet de développer économiquement des zones rurales et pauvres. Quelle est ta vision sur ce phénomène ?

À Bali, la pandémie du Covid-19 a mis en lumière ces fameux fonctionnements à la fois fragiles et irresponsables dus à un tourisme tendance (à l’ascension rapide) et de masse (de grands groupes d’étrangers). En effet, l’île a perdu autour de 80% de son tourisme, beaucoup de personnes sont sans emploi, des villages entiers sont en difficulté, pendant plusieurs mois la vie semblait s’être arrêtée net. De plus, la récente annonce du gouvernement de la fermeture des frontières jusqu’à la fin de l’année a détruit les espoirs de reprise économique par le tourisme international. Restent les étrangers installés ici depuis des années ou qui ne peuvent se permettre de rentrer chez eux. Soyons honnêtes, le coût réduit de la vie est un facteur non négligeable. Cependant, je pense qu’en tant qu’“invités” dans ce pays, nous nous devons d’exercer une certaine responsabilité envers nos hôtes.

Je suis convaincue que le développement économique de zones rurales peut bénéficier de l’installation de digital nomades, à condition que cela se passe dans le respect de la communauté d’accueil, de son environnement et de sa culture. Je pense également que les digital nomades ont une responsabilité de contribuer une part de la valeur qu’ils véhiculent, que ce soit en fréquentant des commerces tenus par des locaux, en transmettant des compétences professionnelles ou en faisant un don pour soutenir des personnes dans le besoin.

Quelque part, la question de l’authentique n’en est pas une car dès qu’un facteur étranger entre en jeu, il est inévitable que les lieux se dénaturent, l’expérience en elle-même n’est plus la même. Après, il y a des degrés d’authenticité, tout dépend de notre approche et de la volonté de la communauté locale à préserver leur environnement et milieu de vie. L’arrivée en masse de voyageurs étrangers à Bali a indéniablement fait monter les prix en flèche. Après tout, Canggu, où je vis, n’était qu’un petit village de pêcheurs il y a 5-6 ans. Puis Instagram est passé par là et les digital nomades sont accourus…

D’ailleurs, on note une nette différence entre cet endroit et d’autres lieux tout aussi touristiques de Bali. La quantité de café à l’esthétique travaillée, de spas aux traitements créatifs et de concepts stores montrent un tourisme très hype et jeuniste. D’ailleurs, on peut facilement dépenser l’équivalent d’un budget de ville française par jour ici.

 

Un équilibre vertueux ?

Le monde de demain verra certainement le phénomène “Bali” se multiplier dans d’autres endroits du monde. Quelle est ta vision là-dessus et comment conserver un équilibre vertueux ?

L’équilibre est quelque chose d’éphémère. Nous devons nous habituer à vivre dans un monde en reconstruction permanente. Pour moi, le cercle vertueux se dessine autour de la façon dont nous appréhendons ces chamboulements, de réfléchir plus en profondeur avant de choisir son lieu de vie et d’examiner ce qui se cache derrière une solution en apparence facile. C’est au final nous impliquer mentalement et réellement s’investir dans le pays d’accueil, que ce soit pour quelques mois ou des années entières.

 

Conseils aux voyageurs ?

Quels conseils donnerais-tu aux voyageurs de manière générale afin qu’ils puissent respecter au mieux le lieu, la communauté locale etc lorsqu’ils se rendent dans un endroit comme Bali ?

Ouvrez les yeux et les oreilles, observez ce nouveau monde qui vous entoure. Faites tourner votre curiosité à plein régime et remarquez les différences en essayant de les comprendre, sans jugement – pas facile ! Partez à la rencontre des locaux, cela commence par apprendre les rudiments de la langue, car derrière les mots se cachent des idées qui vous montreront une autre façon de voir le monde.

 

Conseils aux digital nomades ?

Quels conseils donnerais-tu à un digital nomade qui veut apporter sa contribution là où il pose son ordinateur, et plus particulièrement à Bali ?

  • Google et les réseaux sociaux sont tes amis, mais aussi les espaces de coworking, et même certains cafés et magasins qui affichent des annonces de bénévolat.
  • Identifie les enjeux qui t’intéressent : la protection environnementale, l’éducation, l’égalité femme-homme, etc. Passionne-toi pour la cause à laquelle tu participes.
  • Consulte des plateformes de bénévolat comme Nomads Giving Back ou envoie-moi un message sur Instagram @ordinaryspectacles !

 

Le mot de la fin ?

La curiosité est un catalyseur insoupçonné d’opportunités. Pose-toi des questions, c’est en cherchant des réponses que tu gravites naturellement vers des personnes et organisations qui elles aussi cherchent à changer la donne.

 

Start where you are,
Use what you have,
Do what you can.
Arthur Ashe

 

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